La faute à qui?

A qui la faute ?

C’est tout ce que j’entends aujourd’hui.

Les responsables sont, suivant les interlocuteurs, vite trouvés.

C’est la faute au gouvernement bien sûr, qui fait une mauvaise politique, qui n’a pas été élu, qui a mené une mauvaise campagne.

C’est la faute à l’opposition qui a joué avec la peur des gens, qui a fait peur aux gens, qui a refusé de trouver un accord dans le contexte de la réforme de la constitution.

C’est la faute aux étrangers qui n’apprennent pas la langue, dont un représentant a fait une remaque déplaisante, qui n’ont qu’à devenir Luxembourgeois.

C’est la faute aux Luxembourgeois, qui ne veulent pas perdre leurs privilèges, qui s’estiment supérieurs aux étrangers, qui sont racistes.

C’est la faute à tous les intervenants pour le « oui », une association trop bizarre de catholiques, gauchistes, patrons, intellectuels, et tout ça contre le CSV, leur acharnement dans la campagne, leur insinuations de racisme contre le camps du oui.

Et puis finalement, c’est la faute au referendum. Il ne faut pas poser de questions au peuple. Ou alors pas de questions délicates. Ou bien il aurait fallu poser des questions plus délicates.

La tête me tourne de toutes ces fautes, de toutes ces revendications d’excuses de parts et d’autres.

Personne ne doit s’excuser. C’est un vote. C’est un vote au sujet du droit de vote. Pourquoi les Luxembourgeois ont voté si massivement « NON » ? Je n’en sais rien. Ou plutôt, j’ai milles réponses. En tout cas, je ne le sais pas de manière précise et scientifique.

Je souhaite que malgré les divergences qu’il y ait pu y avoir avec les politologues de l’Université de Luxembourg, les décideurs nationaux chargent ceux-ci ensemble avec les historiens et sociologues d’une analyse profonde autour de la question du droit de vote des étrangers.

Pourquoi a-t-on pu avoir l’impression il y a un an, que certes ce n’était pas gagné d’avance, mais qu’il n’y avait pas une opposition massive à l’ouverture du droit de vote non plus ? Pourquoi et comment (si tel est le cas) l’ambiance a changé de manière aussi radicale ? De quoi a-t-on pu avoir peur ? Il y a là des éléments de réponse : la perte de la langue, de la souveraineté, de l’identité. Mais que veulent dire ces termes pour nous, dans notre contexte? Comment les adresser ? Sommes-nous marqués par notre histoire de « nation » baladée d’un pays à l’autre ? Sommes-nous conscients de notre histoire ?

Je souhaite encore de tout cœur que nous trouvions/retrouvions le dialogue avec les résidents étrangers. Quelle a été la politique d’intégration ces dernières années ? Y a-t-il eu une politique d’intégration ? A défaut, que devons-nous faire ? Adapter la loi sur la double nationalité a été prôné par quasiment tous les acteurs du oui et du non lors de cette campagne. Alors commençons par là. Montrons à nos concitoyens étrangers que ce n’était pas un refus contre eux, qu’au contraire, nous souhaitons les acceuillir et nous souhaitons même qu’ils deviennent Luxembourgeois. Facilitons la tâche à ces personnes nées ici, à ces personnes mariées à des Luxembourgeois, revoyons les conditions de langue pour évaluer si tous les étrangers sont à même de réussir les tests de langue actuels. Et tentons de faire cela dans le consensus.

Je souhaite encore que les résidents étrangers se manifestent. Nous disent ce qu’ils ressentent, s’expliquent, participent. Je souhaite qu’au lieu de laisser des blessures indélébiles, ce referendum soit l’occasion de se rapprocher. De discuter. De trouver des solutions au déficit démocratique qui subsiste, qui est réel et qui n’est pas un fantasme lancé par quelques nantis.

Je souhaite finalement que la discussion en général ne s’arrête pas là, ne se confine pas de nouveau à des salles de réunion, des débats d’intellectuels, des tables rondes d’organisations patronales. Donnons-nous une culture du débat. Donnons-nous une culture politique.

Et puis en ce qui concerne les fautes, c’est comme toujours, personne n’est parfait et tout un chacun doit évaluer ses actes en fonction de sa propre conscience. Voir ses propres erreurs et essayer de ne plus les commettre peut être très bénéfique, contrairement à montrer du doigt les erreurs des autres, ce qui n’a – à ma connaissance – jamais fait avancer le monde.