Power Women – Mon intervention au 10×6 du magazine Paperjam

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Avant de commencer, je dois vous faire un aveu un peu délicat : je ne suis pas une « power woman » …

Ou du moins je ne me reconnais pas dans certains sens du terme « power woman ». Je dois ainsi vous avouer que je ne suis pas une « power woman » qui déborde d’énergie. Je dois encore vous avouer que je ne suis pas une « power woman » qui combine à la perfection vie familiale et vie professionnelle. Au contraire. J’ai un bébé de deux mois qui bouscule mes nuits et un fils de deux ans qui anime mes journées et je souffre du syndrome de croire que je devrai assurer tous mes rôles à la perfection, ce qui est bien entendu impossible et entraîne une mauvaise conscience constante sur tous les fronts. Je dois donc batailler régulièrement avec moi-même pour ne pas capituler, faute de pouvoir assurer comme je l’imagine.

Je vous raconte tout cela, car je suis convaincue qu’il s’agit d’un des problèmes essentiels du défaut de féminisation des sphères du pouvoir. Si la société maintient encore de nombreuses barrières plus ou moins visibles, nous établissons nous-mêmes bon nombre de ces barrières. Nous mettons souvent la barre tellement haut que nous préférons ne pas sauter par-dessus. C’est pour cette raison que je défends avec vigueur l’idée des quotas, que ce soit dans les entreprises, dans la fonction publique ou en politique.

Et ce alors qu’à vingt ans, je n’étais pas féministe. Je revendiquais le fait de ne pas être féministe. Je n’en avais pas besoin. J’étais farouchement opposée aux quotas, parce que cela décrédibilisait à mes yeux tous mes efforts. Je n’avais pas besoin de quotas pour réussir aussi bien que les garçons dans mon parcours scolaire. Je n’ai jamais vécu la moindre discrimination liée à mon genre et si un homme s’avisait à s’aventurer sur ce terrain-là, je savais très bien me défendre. J’admettais certes que dans de nombreux pays le féminisme était encore une nécessité, mais pas chez nous, pas pour moi.

Aujourd’hui, je me considère volontiers comme une « femme quota ». Alors, que s’est-il passé en 16 ans ? Je pense que j’ai perdu une part de naïveté quant à la position des femmes dans notre société et que j’analyse mon propre comportement avec plus d’honnêteté intellectuelle.

A mon avis nous sommes confrontées à trois difficultés : (1) la maternité, (ii) la discrimination sur le lieu de travail -liée en partie à la maternité – et troisièmement et surtout nous-mêmes.

Je suis convaincue que certaines mesures peuvent contrecarrer en partie nos difficultés. Des structures de garde d’enfants de qualité, pour avoir un peu moins mauvaise conscience de laisser l’enfant pendant la journée, un congé parental plus flexible, pour permettre au père de le prendre également alors que c’est encore très mal vu dans la plupart des entreprises, de même que des quotas pour forcer la main non seulement aux décideurs, mais également aux femmes, car à mon avis, nous sommes notre principal frein.

Si je prends mon exemple, je rencontre bien entendu régulièrement des obstacles pratiques dans l’exercice de mes fonctions politiques. Ainsi les réunions en soirée auxquelles je peux assister parce que mon partenaire prend le relais. Ou encore le défaut de congé de maternité pour les élues, qui m’oblige à amener mon bébé aux réunions du conseil communal. Mais mon principal obstacle, ce fut, du moins au départ, ma propre personne.

Ainsi en 2005, je venais de quitter mon job de journaliste à RTL et je m’étais inscrite au barreau. François Bausch, tête de liste des verts aux élections communales à Luxembourg, m’a contactée pour me demander si je ne voulais pas être candidate sur sa liste.

J’avais déjà pensé à m’engager en politique. C’était probablement une des raisons – inavouées – pour lesquelles j’avais quitté mon job de journaliste, je ne voulais plus commenter la politique mais m’immiscer, agir.

Mais je ne me serai certainement pas lancée tout de suite. J’aurai certainement encore regardé de près ou de loin, tergiversé, je me serais certainement demandé si le parti voulait de moi, ce que je pourrai lui apporter, si j’avais la moindre chance d’être jamais élue… etc

Parce que François Bausch m’a recrutée, j’ai pris un raccourci de plusieurs années.

Mais François Bausch – en-dehors du fait qu’il a une très forte volonté de promouvoir des jeunes et des femmes – a me recruter parce que les listes des verts sont obligatoirement paritaires, qu’il faut 50% de femmes et 50% d’hommes.

Je suis ensuite devenue porte-parole des jeunes verts, un poste partagé par une femme et un homme pour lequel les jeunes verts avaient également des difficultés de trouver la part féminine.

Mon premier acte réellement volontaire était celui de postuler pour le poste de présidente du parti en 2009. Mais j’avais depuis gagné mes galons au sein du parti, j’étais en confiance, j’avais été mise en confiance et puis, il n’y avait pas d’autre candidate, je ne saurai vous dire si j’avais postulé dans le cas contraire.

Actuellement je constate que les mentalités féminines, nos mentalités, n’ont pas beaucoup évoluées. Nous sommes en train de constituer les listes électorales pour la campagne 2014 (ou peut-être 2013). Nous sommes pour la première fois confrontés à la situation où nous avons beaucoup trop de candidatures valables pour les places à pourvoir. Cette situation ne se vérifie néanmoins malheureusement que chez les hommes.

Parmi nos membres féminines, nombreuses sont celles qu’il faut convaincre de se présenter. J’ai pu constater que si les hommes posent très naturellement leurs candidatures, les femmes attendent qu’on leur demande de se présenter et parmi celles que nous contactons  nombreuses sont celles qui déclinent à défaut de temps ou par crainte devant ce qui les attend, une réaction beaucoup plus rare chez les hommes.

C’est donc principalement pour ces raisons que je plaide en faveur des quotas. Parce que les femmes, même compétentes, ont trop tendance à minimiser cette compétence et à ne pas se juger capable d’affronter certains défis, alors que pour la majeure partie des hommes c’est tout le contraire. Il faut dès lors obliger les décideurs à aller chercher ces femmes, afin que la parité s’impose peu à peu dans les sphères du pouvoir et afin de faire en sorte que même pour nous les femmes, il soit normal de revendiquer les positions qui correspondent à nos compétences.

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