De la relativité de la température ambiante

tageblattLors du premier cours de sociologie que j’ai suivi, le professeur nous expliquait qu’à travers un sondage, on pouvait faire dire quasiment tout et son contraire à la population interrogée en fonction de la méthode appliquée.

L’exercice semestriel du baromètre politique du Tageblatt me rappelle souvent ce cours. Si pour la première partie du sondage relative aux partis, le journal nous fournit une ébauche d’explication méthodologique – certes contestée et contestable, alors qu’elle permet d’écarter le parti pirate du résultat global – dite explication fait défaut pour la seconde, relative aux personnalités politiques. Comment est déterminé le nombre total de personnalités par circonscription, le nombre par parti et surtout quels sont les critères de sélection des personnalités retenues ? Aucune réponse à ces questions. Cela m’irrite tous les 6 mois. Bien entendu à titre personnel, alors qu’en tant que présidente du parti déi gréng et conseillère communale de la capitale je n’y figure pas – tout comme mon co-président – mais la chose dépasse largement le cadre de ma personne, raison pour laquelle je ne puis m’empêcher de réagir cette fois-ci.

A titre d’exemple, prenons le baromètre de la circonscription « centre ». Rappelons la distribution des 21 sièges de la circonscription à la Chambre des députés : CSV 9 mandats, DP et LSAP 4 mandats chacun, déi gréng 3 mandats et ADR 1 mandat. Or, sur les 26 femmes et hommes politiques du sondage, on compte 8 membres du LSAP, 7 membres du CSV, 4 membres du DP, 4 membres de déi gréng, 2 membres du ADR et 1 membre du parti pirate.

Analysons ensuite les personnalités retenues : Pour le CSV, des ministres et des députés (mais pas tous) sélectionnés de manière apparemment arbitraire, ainsi qu’un conseiller communal de la Ville de Luxembourg.

Pour le LSAP tous les ministres et députés de la circonscription, plus une maire d’une (petite) commune et un membre du comité de la section locale « LSAP Stad ».

Pour le DP, seuls les députés – dont un sur le départ – figurent au tableau.

Pour déi gréng, les 3 députés y figurent avec en outre un ancien (depuis 2011) membre du conseil communal également ancien (depuis 2009) porte-parole du parti.

Pour le ADR, un député et le vice-président du parti sont sélectionnés.

Personne pour déi Lénk, ni un des conseillers communaux, ni un des porte-paroles du parti.

Et puis pour le parti pirate, le président.

Deux remarques s’imposent à la lecture de ce qui précède :

1) Le LSAP est d’une manière disproportionnée surreprésenté dans ce sondage. On peut dès lors se demander dans quelle mesure ce sondage est compatible avec l’article 8 de la loi du 21 décembre 2007 sur le financement des partis politiques qui dispose : « (…) On entend par don à un parti politique aux fins de la présente loi, tout acte volontaire en vue d’accorder à un parti un avantage précis de nature économique et évaluable en numéraire. Les dons en provenance d’une personne morale ne sont pas permis. (...) »

Le Tageblatt est édité par une société anonyme (EDITPRESS LUXEMBOURG SA). Si le Tageblatt commande un sondage dans lequel – sans motif justifiable – il fait figurer une proportion déraisonnable de socialistes, il accorde un avantage de nature économique au LSAP, alors que tout sondage coûte de l’argent. Un agissement qui n’est à mon avis pas compatible avec la loi de 2007. Ceci est d’autant plus fâcheux, alors que le Tageblatt est en plus financé – en partie – par des aides étatiques attribuées par l’Etat.

2) La démarche pose un réel problème de démocratie à travers la place que joue la presse dans une démocratie qui fonctionne. Le fait qu’un journal soit plutôt de gauche ou plutôt de droite ne me choque pas, aussi longtemps qu’il joue son rôle avec l’honnêteté intellectuelle nécessaire. L’attitude employée ici dérange à cet égard. Simple erreur, omission ou « méthodologie », quoi qu’il en soit, le fait est que les présidents de déi gréng et les porte-paroles de déi Lénk ne figurent pas au sondage, contrairement à ce qui se fait pour tous les autres partis du pays (parti pirate et KPL inclus). Fait est que plusieurs députés (du CSV, déi Lénk, déi gréng) n’y figurent pas, dont p.ex. Josée Lorsché dans la circonscription «sud», alors qu’un ancien (depuis 2010)  échevin vert de la commune de Sanem y figure. Fait est que le sondage inclut e.a. un socialiste – jusque-là – quasiment inexistant sur le plan public, alors que pour le DP par exemple, ne sont pris en compte ni les échevines de la Ville de Luxembourg ni les maires de grandes communes.  Cette démarche est d’autant plus problématique alors que vers l’extérieur, ces sondages sont présentés comme « le » baromètre politique, alors qu’il s’agit en fait « d’un » baromètre politique à forte connotation socialiste.

Le procédé serait – un peu – moins dérangeant s’il s’affichait clairement et si une méthodologie expliquait sur base de quels critères – objectifs – ont été choisies les personnalités politiques qui figurent au sondage.